Internet et réseaux sociaux : les mobilisations massives sont surveillées de près!

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Internet et réseaux sociaux : les mobilisations massives sont surveillées de près!

Message par Mathilde le Dim Jan 26 2014, 11:09

Internet et réseaux sociaux : les mobilisations massives sont surveillées de près!



Par Véronique Moreau
Les campagnes actives qui se développent dans le monde numérique sont souvent doublées de manifestations dans la rue, de pétitions, d'envois de courriers, d'opérations spectaculaires sur le terrain. Ces « opérations de perturbation massive » sont suivies de près, aussi bien par les forces de sécurité que par les sociologues.

Récemment, la Gendarmerie nationale a ouvert une cellule de veille numérique à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine. Cette dernière a pour but de surveiller les sources ouvertes que sont internet, Facebook, Twitter et tous les réseaux sociaux existants, qui peuvent s'avérer d'étonnants moyens de mobilisation. Pas besoin de commission rogatoire ni d'autorisation spéciale : les enquêteurs spécialisés qui travaillent dans cette unité passent leur temps à surfer tout simplement sur le net et à mettre en relation l'actualité, les tendances sociétales et tout ce qui intéresse les citoyens connectés d'aujourd'hui.

L'objectif reste bien sûr de prévenir les troubles à l'ordre public, et cette anticipation peut s'appliquer à toutes sortes de situations : les apéros géants, convoqués par message viral et qui risquaient de déboucher sur de vastes beuveries agrémentées de violences en sont un bon exemple. Plus récemment, le bras de fer entre le ministre de l'Intérieur et le polémiste Dieudonné a été suivi de près, pour voir s'il ne risquait pas de déraper, entraînant des manifestations ou des débordements volontaires. Le phénomène de la « quenelle », et son risque potentiel de contagion, est évidemment une question brûlante.

Pourtant, selon le gendarme Hubert Szarfarczyk, « il n'est pas si facile de surveiller les bonnes personnes et les bons réseaux. Il peut exister une grande différence entre les réseaux existant sur le terrain et ceux qui s'agitent sur la Toile. Le cas de la mobilisation à Notre-Dame-des-Landes est de ce point de vue emblématique... On constate parfois une rupture entre réel et virtuel, c'est pourquoi il faut absolument toujours confronter nos premières impressions aux remontées de terrain, effectuées par les collègues. » Et de citer un autre exemple parlant, celui d'une mobilisation ratée des fameux « bonnets rouges », à Lille : sur les réseaux sociaux, tout était extrêmement bien préparé et bien engagé ; au final, seules 3 000 personnes se sont rassemblées...

Twitter : un champ d'exploration immense


Sur la plate-forme en temps réel Visibrain, Jean-Christophe Gatuingt et ses collègues analysent, eux, toute la somme de tweets qui tombent minute par minute en français. Un terrain de jeu d'autant plus excitant qu'il est tout nouveau, tout beau ; que la rédaction des tweets est forcément concise puisque réduite à 140 caractères ; que ce mode d'expression se répand comme une trainée de poudre, et de plus en plus chez les plus jeunes ; que les tweets renvoient souvent à des liens internet et donc à d'autres informations intéressantes.

Pour les journalistes français, Twitter a joué un rôle indéniable au moment de l'arrestation aux Etats-Unis de Dominique Strauss-Kahn, permettant à ceux qui étaient à l'extérieur de la salle d'audience de suivre quasiment en direct le contenu et l'atmosphère des échanges. Cependant, Twitter peut aussi colporter de terribles rumeurs. « EIles ne sont pas toujours faciles à détecter, surtout en cas de crise grave. Je pense notamment aux attentats de Boston, où finalement très peu d'informations crédibles ont été relayées par Twitter, dans le flot gigantesque de messages qui ont circulé », analyse Jean-Christophe Gatuingt. « Cela dit, Twitter a quand même joué un rôle positif car il a permis à la police d'apporter des contre-informations officielles. »

Pour ce spécialiste, il est important de noter que Twitter a aussi développé l'esprit critique des mass média, qui n'hésitent plus désormais à faire du fact checking dès qu'un homme politique ouvre la bouche, autrement dit à vérifier en temps réel la moindre de ses assertions. Enfin, selon lui, même fausse, une information propagée sur Twitter ne doit pas être négligée pour autant car elle constitue en elle-même une information !

Se mobiliser pour une cause


Mais qui sont donc les internautes ou les tweetos qui se mobilisent tout à coup en très peu de temps ? Comment se reconnaissent-ils entre eux ? Chercheur à l'université de Versailles Saint-Quentin, Fabien Lorch considère qu'ils peuvent être très différents les uns des autres mais que ce qui les unit, c'est la défense d'une même cause. « Ce sont des individus entre lesquels vont naître des interactions, basées sur l'affect. Il faut qu'il y ait de la confiance pour que le message se diffuse et de la confiance pour que les personnes se mobilisent. La relation à l'autre passe forcément par ce biais, c'est l' "universalisme du Moi". »

Tous ces individus différents ont l'habitude de fréquenter les mêmes sites web, ils recherchent toujours des informations sur les sujets qui les passionnent. C'est donc par homophilie, par affinités sur un sujet, qu'ils vont se croiser un jour ou l'autre sur la Toile et commencer à tisser des liens personnels. Ce que certains appellent la « théorie des agrégats ». Cela dit, il faut bien le dire, il y a aussi des impondérables peut-être culturels, peut-être liés à l'air du temps, des moments où la machine s'emballe sans qu'on comprenne vraiment pourquoi. Enfin, il y a ceux qui vont donner un petit coup de pouce au destin. Au moment de la crise concernant la viande de cheval, la famille Spanghero par exemple n'avait pas réussi à faire passer son message par les moyens de communication traditionnels : le fils a donc demandé à tous ses copains sportifs de le faire sur Twitter, ce qui leur a ouvert à nouveaux les micros des radios et télévisions...

Vers une déconstruction de l'identité ?


En fait, à l'heure actuelle, on distingue deux niveaux de communication, et donc de mobilisation : l'un ouvert, l'autre crypté. Le premier, c'est celui de Monsieur-tout-le-monde, qui n'a d'ailleurs pas toujours conscience de naviguer sur un espace public et de laisser des traces de son passage. L'autre, c'est le souterrain qu'empruntent de plus en plus d'adeptes de l'anonymisation, en se servant par exemple du logiciel Tor. Cela leur permet à la fois d'enterrer des informations confidentielles et de se parler en dehors de tout contrôle. L'enjeu des années à venir est sans doute celui-là : comment rester soi-même sans tout révéler de soi sur le Net et les réseaux sociaux ? Un enjeu d'autant plus aigu depuis l'affaire Snowden.


http://www.rfi.fr/technologies/20140124-internet-reseaux-sociaux-mobilisations-massives-sont-surveillees-pres
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